Le chiffre que la plupart des pigistes entendent, c'est « 30 % ». Mettez 30 % de chaque facture de côté et vous serez tranquille. C'est un bon point de départ, mais c'est incomplet. Selon votre revenu et votre province, vous pourriez vous retrouver à court ou, au contraire, à trop épargner.
Voici une ventilation claire de ce qui compose réellement votre facture fiscale, avec un cadre pratique pour savoir combien mettre de côté.
Ce qui compose réellement votre facture fiscale
En tant que travailleur autonome canadien, votre facture fiscale se divise en trois composantes distinctes :
- Impôt fédéral et provincial sur le revenu — calculé sur votre bénéfice net, après déduction des dépenses d'affaires
- Cotisations au RPC — vous payez la part de l'employé et celle de l'employeur
- Remises TPS/TVH — si vous êtes inscrit, cette taxe est perçue sur chaque facture et doit être remise à l'ARC
La plupart des conseils « mettez 30 % de côté » ne tiennent compte que de l'impôt sur le revenu. Le RPC et la TPS/TVH sont distincts et peuvent modifier considérablement le montant dont vous avez réellement besoin.
L'impôt fédéral en bref (2025)
Paliers d'imposition fédéraux pour 2025 (le taux a été réduit de 15 % à 14 % le 1er juillet 2025, donnant un taux combiné de 14,5 % pour l'année) :
- Premiers 57 375 $ : 14,5 %
- 57 375 $ à 114 750 $ : 20,5 %
- 114 750 $ à 177 882 $ : 26 %
- 177 882 $ à 253 414 $ : 29,31 %
- Plus de 253 414 $ : 33 %
Le montant personnel de base fédéral pour 2025 est de 16 129 $, ce qui signifie que vous ne payez aucun impôt fédéral sur les premiers 16 129 $ de revenus. À partir de 2026, le taux du palier le plus bas passe à 14 %.
Ce sont les taux fédéraux uniquement. Chaque province ajoute son propre palier, ce qui explique pourquoi deux pigistes avec un revenu identique peuvent devoir des montants très différents selon leur lieu de résidence.
La surprise du RPC
C'est ce qui surprend le plus les nouveaux pigistes. Un employé paie la moitié du RPC et son employeur couvre l'autre moitié. En tant que travailleur autonome, vous payez les deux.
Pour 2025 : le taux de cotisation au RPC pour les travailleurs autonomes est de 11,90 % sur le revenu net entre 3 500 $ et 71 300 $, pour une cotisation maximale de 8 068,20 $. Le RPC2 ajoute 8 % sur les revenus entre 71 300 $ et 81 200 $ (maximum 792 $).
Bonne nouvelle : la moitié de votre cotisation au RPC (la part équivalente à celle de l'employeur) est déductible de votre revenu net, ce qui réduit votre impôt. Mais le montant total doit quand même être disponible sur votre compte au moment de la déclaration.
Note pour le Québec : si vous vivez au Québec, vous cotisez au RPC (Régime de pensions du Canada) via le RRQ (Régime de rentes du Québec) plutôt qu'au RPC fédéral. Le fonctionnement est identique, vous payez les deux parts (employé et employeur) au même taux, mais le régime est administré par Revenu Québec et vos cotisations apparaissent dans votre déclaration provinciale.
TPS/TVH : ce n'est pas votre argent
Une fois que vous franchissez le seuil de 30 000 $ de revenus et que vous vous inscrivez à la TPS/TVH, chaque facture que vous envoyez inclut une taxe qui appartient à l'ARC. Vous la percevez en son nom : ce n'est jamais votre revenu.
La règle pratique : ouvrez un compte dédié et transférez-y la portion TPS/TVH de chaque paiement reçu immédiatement. Ne le touchez jamais. Quand la date de remise arrive (trimestrielle ou annuelle), l'argent est déjà disponible.
La méthode rapide et les crédits de taxe sur les intrants (CTI) peuvent réduire ce que vous remettez effectivement. Consultez un comptable pour déterminer quelle méthode de déclaration est la plus avantageuse pour votre situation.
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Le cadre 25–35 %
Voici des repères approximatifs basés sur le revenu net (après dépenses d'affaires) pour la plupart des provinces canadiennes. Les provinces à forte imposition comme le Québec, la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard peuvent nécessiter une mise de côté plus élevée.
- Moins de 50 000 $/an : 25 % est généralement suffisant
- 50 000 $ à 100 000 $/an : 30 % recommandé
- Plus de 100 000 $/an ou province à forte imposition : 35 % ou plus
Important : ces pourcentages couvrent l'impôt sur le revenu et le RPC combinés. La TPS/TVH est séparée — gardez cet argent dans un compte distinct.
Trois scénarios concrets (Ontario, 2025)
Pour rendre cette grille plus concrète, voici des estimations d'impôt sur le revenu et de cotisations RPC combinés pour un pigiste en Ontario en 2025, à trois paliers de revenus. Ces chiffres tiennent compte uniquement du montant personnel de base et de la déduction pour cotisations au RPC. En pratique, vos dépenses d'entreprise réduiront votre revenu imposable et donc le montant réel dû.
| Revenu net | Impôt approx. | RPC | Total dû | % à mettre de côté |
|---|---|---|---|---|
| 40 000 $ | ~4 400 $ | ~4 300 $ | ~8 700 $ | 25 % |
| 70 000 $ | ~11 000 $ | ~7 900 $ | ~18 900 $ | 30 % |
| 100 000 $ | ~19 800 $ | ~8 900 $ | ~28 700 $ | 32–35 % |
À 40 000 $, la règle du 25 % vous laisse une marge d'environ 1 300 $. À 70 000 $, vous êtes proche de 27 % ; la règle du 30 % vous donne un confort suffisant. À 100 000 $, 30 % couvre tout juste la facture ; 32–33 % est plus prudent, surtout en tenant compte des risques liés aux acomptes provisionnels.
Au Québec, les taux provinciaux sont plus élevés (14 % à 25,75 %) et la charge globale est plus importante. Les pigistes qui gagnent plus de 50 000 $ au Québec devraient viser 33–35 %. La Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard ont également des taux marginaux élevés ; si vous êtes dans ces provinces, penchez vers la limite haute de la fourchette.
Le système pratique : deux comptes
L'approche la plus simple qui fonctionne pour la plupart des pigistes :
- Compte d'exploitation — votre argent. Payez-vous, couvrez vos dépenses d'affaires.
- Compte fiscal — 25 à 35 % de chaque paiement client, transféré immédiatement. Ne touchez pas à cet argent.
Si vous êtes inscrit à la TPS/TVH, ajoutez un troisième compte (ou un sous-compte) pour la taxe que vous percevez sur vos factures. Cet argent quitte vos mains au moment de la remise. Traitez-le ainsi dès le premier jour.
Transférez l'argent dès qu'un paiement est reçu. Chaque jour de délai est un jour où vous pourriez le dépenser.
Les acomptes provisionnels
Si votre solde d'impôt net dépasse 3 000 $ (ou 1 800 $ si vous habitez au Québec) au cours d'une année donnée et que ce seuil était également dépassé l'une des deux années précédentes, l'ARC vous oblige à payer des acomptes provisionnels trimestriels.
Dates d'échéance : 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre.
Lors de votre première année comme travailleur autonome, vous n'êtes généralement pas tenu de payer des acomptes. Mais dès que vous produisez votre première déclaration avec un solde important, attendez-vous à recevoir un avis de l'ARC pour l'année suivante. Si vous avez épargné régulièrement, ces paiements ne posent aucun problème.
Manquer un acompte a un coût. L'ARC facture des intérêts composés quotidiens sur les paiements d'acomptes insuffisants ou en retard. Si vous avez régulièrement mis de l'argent de côté et que vous avez simplement oublié une échéance, les intérêts sont modestes. En revanche, si vous n'avez pas épargné et vous retrouvez avec une grosse facture en avril, les intérêts s'accumulent en plus d'une situation déjà douloureuse. Si l'ARC vous envoie un avis d'acompte, utilisez-le comme signal pour revoir votre taux d'épargne pour l'année à venir.
En résumé
La règle des 30 % est un raccourci utile, mais votre chiffre réel dépend de votre niveau de revenu, de votre province et de votre statut TPS/TVH. Le cadre à retenir :
- Mettez 25 à 35 % de côté pour l'impôt sur le revenu et le RPC (selon votre niveau de revenu)
- Gardez la TPS/TVH perçue dans un compte totalement séparé
- Transférez l'argent immédiatement, n'attendez pas avril
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